« Ce ne sont pas les études de marché sur la lampe à huile
qui ont permis l’invention de l’électricité. »
Daniel Jouve
« C’est bien gentil votre truc ! Mais moi j’ai un travail, des diplômes, des relations… Et franchement, je ne vois pas à quoi cela pourrait bien me servir ! » Cette phrase est l’une des critiques les plus souvent formulées à l’encontre du Personal Branding.
Le monde change…
La crise mondiale que nous subissons depuis mi-2008 a modifié de manière irrémédiable nos modèles de la relation au travail et de la gestion des organisations. Le monde du travail a subi de profondes mutations irréversibles : « bons » diplômes, sécurité de l’emploi, longue carrière au sein de la même entreprise, filière unique tout au long de sa vie professionnelle, etc., sont des valeurs qui, quel que soit le secteur d’activité, sont en passe de disparaître.
Quelques indicateurs :
- La moitié de ce qu’apprend un élève ingénieur effectuant un cycle d’étude de 4 ans sera définitivement obsolète dès sa 3e année d’études [1].
- 1 employé sur 4 est en poste depuis moins d’un an dans les nouvelles technologies [2].
- Nous préparons actuellement des étudiants pour des emplois qui n’existent pas encore [3], utilisant des technologies qui n’ont pas été encore inventées, afin de résoudre des problèmes que nous ne connaissons pas encore10. Les 10 emplois qui seront les plus en vogue en 2010 n’existaient pas du tout en 2004 [4].
- Le ministère du Travail américain estime que les étudiants actuels auront occupé 10 à 14 postes avant l’âge de 38 ans [5].
- Du fait de la crise économique mondiale, on assiste à une baisse sensible des recrutements : en 2009, 16,9 % des entreprises pensent recruter contre 23,4 % en 2008 [6].
- La mobilité professionnelle et l’évolution de notre relation au travail impliquent de gérer sa carrière autrement. Crise ou pas crise, aucun salarié n’a la garantie de conserver son emploi à vie.
Seth Godin [7], l’ancien responsable du marketing direct de Yahoo devenu aujourd’hui l’un des gourous du marketing 2.0, écrivait dans l’un de ses ouvrages que, dans les années à venir, la vie professionnelle ne serait plus composée de longues périodes de stabilité interrompues par quelques rares accidents, mais au contraire un monde en changement permanent qui serait ponctué de quelques rares périodes de tranquillité.
Si transition et changement sont devenus des constantes, comment maintenir sa compétitivité lorsque la turbulence de l’environnement dépasse la vitesse d’adaptation de l’entreprise et de l’individu ?
Et bien, lorsque l’on ne peut plus se fier aux éléments extérieurs (diplômes, filières, carrières, entreprises,…), il devient impératif de changer de référentiel et de se recentrer sur la seule personne en qui l’on puisse avoir totalement confiance : soi-même !
De la pièce de théâtre antique…
Avant, les choses étaient très simples si l’on souhaitait changer de poste. Il suffisait de remettre son CV à jour, de rédiger une lettre de motivation, et on attendait avec patience la publication des pages emploi des journaux. Puis, au moment de l’entretien, la présentation d’une carrière professionnelle se déroulait comme une pièce classique : une succession de postes et de fonctions, une unité de temps, de lieu et d’action. À chaque entretien d’embauche, nous présentions chacune des scènes de notre vie par thème ou par ordre chronologique.
Aujourd’hui, c’est sur Internet que les choses se passent : 62 % des entreprises citent Internet parmi les deux principaux moyens qui leur apportent les candidatures les plus pertinentes, loin devant le réseau, 34 %, ou la cooptation, 22 %. En très peu de temps, Internet est devenu l’outil privilégié pour évaluer le futur candidat. Une étude récente réalisée par le magazine Star Tribune (www.startribune.com) indique que 77 % des recruteurs effectuent des recherches en ligne et que 35 % ont déjà éliminé un candidat en se basant uniquement sur les résultats de ces recherches [8].
…À la 3e dimension quasi organique
Les marchés sont aujourd’hui très fragmentés, la concurrence y est féroce, et être compétent dans son emploi ne suffit plus pour se faire remarquer. Les candidats doivent innover toujours plus pour se démarquer, il devient vital de trouver le petit truc qui va leur permettre de sortir du lot.
Le CV est bien sûr toujours obligatoire pour postuler dans une entreprise (en France du moins, ce qui n’est pas le cas dans le monde anglo-saxon), mais il est encore trop souvent pratiqué comme un passeport pour se rassurer et son format très statique ne donne qu’une vision assez plate et sans saveur de l’individu.
L’émergence de nouvelles technologies et pratiques sociales change peu à peu la donne, et amorce la remise en cause de la pertinence même du CV tel que nous le connaissons aujourd’hui. Timidement mais sûrement, il commence à troquer son côté statique pour se reconstruire en permanence en fonction du contexte ou de l’évolution du marché du travail. Il se réinvente avec du texte, de l’image, de la vidéo, de l’hypertexte, etc.
D’objet en bout de chaîne, il engage sa lente mutation pour devenir un écosystème complet autour de l’individu. La rupture est consommée, l’unité de temps n’a plus cours, l’unité de lieu est abolie et l’unité d’action explose. Les étapes jusqu’alors parfaitement maîtrisées et rodées de la pièce de théâtre antique volent en éclats. Le Personal Branding entre en scène, apportant une 3e dimension au CV, créant un profil étendu de l’individu : en plus de qui il est (identité), de ce qu’il a fait (réalisations), il permet de savoir qui il connaît (popularité), de vérifier ce qu’il sait faire (expertises, talents), mais aussi et surtout ce que l’on dit de lui (réputation).

Positionner l’individu au centre
En positionnant l’individu au centre, cette nouvelle dimension quasi organique et en constante évolution offre une plus grande transparence permettant une relation demandeur/demandé fondée sur l’authenticité : Qui est-il réellement ? Est-ce conforme avec ce qu’il me dit de lui ? Peut-on réellement lui faire confiance ?
Dans ce contexte, la non-présence en ligne d’un individu – ou son absence de réputation – pourrait être interprétée par un recruteur, un DRH ou un futur client comme un manque de transparence, un refus de partager l’information ou pire, une absence d’opinions ou d’idées.
Qu’attendez-vous pour vous lancer ?
Quelle que soit votre situation actuelle vis-à-vis de votre présence ou de votre réputation en ligne, il est important de vous préoccuper le plus tôt possible de votre Personal Branding.
- Si vous n’avez pas (encore) de visibilité : il vous permettra d’émerger de la foule de vos concurrents à travers des signes distinctifs, attractifs et rassurants.
- Si vous avez déjà une certaine visibilité : bien appliqué, il deviendra un formidable démultiplicateur de notoriété.
- Par mesure de précaution : institutions, entreprises, amis mettent ou mettront peut-être demain en ligne sans vouloir vous nuire, mais à votre insu, des informations vous concernant (une photographie publiée sur le compte Facebook de l’un de vos amis où l’on vous découvre après une soirée trop arrosée par exemple). Sachez que désormais Googler [9] une personne est devenu un réflexe : 30 % des recherches sur Internet ont pour objet la recherche d’informations sur une personne [10] et l’adage « Il n’y a pas de fumée sans feu » a malheureusement la vie dure…
Hervé Bommelaer écrivait sur son blog [11]: « C’est lorsque la marée est basse que l’on voit ceux qui n’ont pas de maillot. » La puissance d’Internet couplée aux outils 2.0 permet certes de raccourcir de façon spectaculaire les délais, mais une démarche de Personal Branding doit se commencer très tôt, lorsque l’on est encore serein et en veille et non pas aux abois et en écoute active sur le marché du travail !
C’est aujourd’hui, et non demain, qu’il faut innover ! Car en termes d’innovation, les parts de marché sont toujours plus faciles à prendre en temps de crise, durant ces périodes où tout le monde campe sur ses positions.
Loïc Le Meur :
Construisez votre personal brand en ligne
Seth Godin interviewé par Loïc Le Meur :
Explains Why You Need a Tribe
NOTES
1. Karl Fisch (thefischbowl.blogspot.com)↑
2. Karl Fisch, Scott McLeod et Jeff Brenman↑
3. Karl Fisch, Scott McLeod et Jeff Brenman↑
4. Karl Fisch, Scott McLeod et Jeff Brenman↑
5. Karl Fisch, Scott McLeod et Jeff Brenman↑
6. Selon un rapport de l’APEC↑
7. sethgodin.typepad.com↑
8. www.startribune.com/jobs/career/11398441.html↑
9. « Googler » quelqu’un est devenu un terme d’usage. Cela signifie que l’on fait une recherche sur quelqu’un par l’intermédiaire du moteur de recherche Google.↑
10. Selon Jean-Francois Ruiz, co-fondateur de PowerOn.↑
11. bit.ly/14VIHA↑












Bonjour Philippe,
Je parcourais ton blog avec intérêt et je me permets de rebondir sur la fin de ce post.
Sans être alarmiste, nous voyons quotidiennement des gens atteints dans leurs vies professionnelles et/ou personnelles par des attaques, des règlements de comptes par forum ou blog interposé.
C’est malheureusement une réalité, que cela vienne du monde du travail ou lors d’une séparation.
Travailler son e-réputation en amont est donc également une mesure de précaution en cas d’ »attaque ». Il est sage d’anticiper, de prendre un minimum de position dans ses pages de résultats même si l’on n’imagine pas le « personal branding » comme utile pour sa carrière.